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Lundi 4 septembre 2006

 

              Voici le premier article de la Saga des épices concocté par Dame Hermine la cuisinière des Flambeaux de l’Allan, et rédigé par son mercenaire de mari, Heimrich l’empaleur…
 
               De tous temps, les épices pimentent la nourriture et même la vie des hommes. Elles jouent un rôle important dans l’histoire culinaire, culturelle voire scientifique. Elles fascinent par leurs parfums, leurs saveurs et leurs vertus médicinales. Il leur est même attribué des pouvoirs magiques et aphrodisiaques. (Maître Honorius en détient encore les secrets… mais il n’est pas prêt à les dévoiler… le bougre).
              De la Grèce antique jusqu’aux débuts des temps modernes, la route des Epices est aussi celle de la Soie : elle part de Chine, traverse l’Asie pour atteindre l’Europe, en empruntant dans les deux sens les pistes caravanières. Tout au long de cette route terrestre, entre l’Orient et l’Occident, les riches marchands gardent, jusqu’aux Croisades, le contrôle des échanges commerciaux : de la soie contre des épices, des épices contre des bijoux, des fourrures, des couvertures de laine ou de la vaisselle de luxe.
              C’est au Moyen-âge que se développe une véritable folie pour les épices : poivres, girofle, cannelle, muscade et macis, gingembre, cardamome, safran, sumac, galanga… Les Croisades, de 1096 à 1270, contribuent à mieux les faire connaître : les pèlerins en rapportent de Terre Sainte. Les marchands colportent sur elles des récits fabuleux : la graine de paradis n’est-elle pas pêché au moyen de filets dans les eaux du Nil (qui, comme chacun sait, prend sa source au jardin d’Eden !). Quant aux bâtons de cannelle ce sont les brindilles des nids de gros oiseaux carnivores (pour se les procurer il faut appâter les oiseaux avec de la viande d’âne pendant que quelqu’un grimpe dans l’arbre et vole les brins…). Ces histoires étranges entretiennent la curiosité des clients fortunés qui veulent absolument posséder des épices.
              Alors la demande d’épices s’accroît considérablement et leur prix est de plus en plus élevé. La valeur d’une épice peut être multipliée par 100 pendant son voyage entre Calcutta et Venise : les transports à dos de chameaux ou de dromadaires sont périlleux : ils traversent des régions aux reliefs escarpés et souvent les riches cargaisons tombent aux mains de bandits. Les marchands arabes, vénitiens essaient toujours de réaliser d’importants profits : une livre de safran coûte autant qu’un cheval, une de gingembre vaut un mouton, une de cannelle un bœuf et les poivres s’équilibrent avec l’Or.
              Les épices sont des emblèmes de richesse et marquent la classe sociale ; Elles servent de monnaie d’échange, de rançon, de redevance vassalique. Elles complètent les dots et il est d’usage d’en offrir une petite boîte à ses visiteurs ; Il est aussi coutumier de rémunérer les magistrats en épices pour obtenir d’eux une faveur… Les épices frelatées deviennent très vite monnaie courante parce que la demande est plus importante que l’offre et que tout le monde veut s’enrichir rapidement. Les tromperies les plus fréquentes consistent à remplacer le poivre en poudre par de la poudre de nigelle ou de genièvre, le safran par des pétales séchés de fleurs de soucis… Mais les autorités réagissent et des contrefacteurs d’épices sont brûlés vifs avec leurs marchandises, d’autres se voient couper une main.
              N’est pas épicier (ou apothicaire) qui veut ! (C’est la même profession). Trois années d’apprentissage, puis trois autres de compagnonnage sont nécessaires pour exercer le métier et avoir le droit d’ouvrir une échoppe en ville. Les épices (toutes plantes aromatiques) sont conservées dans des pots en terre. L’épicier les vend à la pièce, à la drachme (3,24g), à l’once (30g), à la livre… Il est obligé de tenir des comptes … d’apothicaire… parbleu !
 
 A suivre….
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