La médecine au moyen age

Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 16:24

 

Le livre, reflet de la culture, est la principale barrière entre le métier de chirurgien et celui de médecin. En effet, ces derniers ont une connaissance du latin, du grec, parfois de l’arabe et de l’hébreu. Ils acquièrent une formation universitaire, ils sont détenteurs d’un savoir ancien qu’ils peuvent retransmettre par l’écrit.

 

* Les Antidotaires

 

Il s’agit plus là d’ouvrages de pharmacie que d’ouvrages de médecine. Ils sont en vogue aux XIIème et XIVème siècles. Ce sont les premiers ouvrages rencontrés dans les officines. Ils permettent aux apothicaires ou épiciers d’avoir accès au savoir des médicaments d’une manière simple et concrète.

Dans les antidotaires, la formulation magistrale est réduite. Les maladies sont traitées avec des médicaments bien codifiés. On y trouve la composition des plus célèbres polypharmaques, comme la Thériaque ou la Mithridate, avec leurs indications thérapeutiques, mais aussi des préparations personnelles des médecins.

On trouve aussi des détails sur la préparation des médicaments, mais cela est généralement très sommaire. Les formules ne sont pas classées par genre : pilule, onguent… mais par ordre alphabétique.

Au XVème siècle, l’Antidotaire de Nicolas est le principal livre d’officine des apothicaires, il est aussi une référence pour les médecins préparant eux-mêmes leurs médicaments. Néanmoins, il semble que cet antidotaire ne fasse pas référence à un auteur unique. En effet, nombre d’antidotaire au Moyen âge porte le nom de Nicolas. Il semblerait que Nicolas ait même été synonyme d’antidotaire.

On peut noter aussi l’importance de l’antidotaire présent dans la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac qui regroupe un important développement thérapeutique.

L’antidotaire d’Arnaud de Villeneuve figure également parmi les plus remarqués en raison de sa présentation et de sa rédaction.

 

* Les ouvrages de thérapeutique

 

Ils connurent une large diffusion auprès des médecins. Leur lecture plus difficile que celle des antidotaires impliquait d’avoir des connaissances médicales élémentaires. Ils sont de ce fait moins répandus dans les officines.

On peut citer le célèbre Rosa Anglica cité par Guy de Chauliac dans la Grande Chirurgie. On trouve dans ce genre d’ouvrage des formules plus personnelles que dans le Nicolas. Elles sont tirées de l’expérience des médecins.

 

* Les livres de pharmacie

 

Ces ouvrages sont plus apparentés à l’époque moderne. Ils ont une finalité pratique, de nombreuses précisions pharmacologiques.

 

* Les ouvrages de matière médicale

 

Les médecins, les apothicaires, les épiciers doivent maîtriser la matière médicale. Ils doivent connaître les matières premières utilisées, réussir à identifier les simples pour éviter tout risque de ‘mauvaise cure’. Il est important de maîtriser l’adultération des produits, d’en connaître la conservation.

C’est dans ces livres que des explications précises peuvent être trouvées. Ils sont assez répandus chez les auteurs arabes, comme Le Traité des simples d’Ibn al-Baytar ou le Canon Livre II d’Avicenne. Mais ces livres ne sont pas très répandus en Occident.

On trouve aussi le Circa Instans écrit par Matheus Platearius, un professeur de l’école de Salerne. A la différence des antidotoires, il propose des recettes simples, une thérapeutique simplifiée et bien moins onéreuse que les recettes de polypharmacie. Il est à la fois un ouvrage de matière médicale et un herbier, il pourrait représenter un véritable guide pour les apothicaires même si on le retrouve plus chez les médecins.

 

* Les ouvrages de médecine

 

Ils sont peu fréquents dans les officines, leur connaissance n’étant pas obligatoire pour le métier d’apothicaire, mais sont essentiels chez les médecins. On classe dans cette rubrique les œuvres d’Hippocrate et de Galien, sources essentielles pour les médecins du Moyen âge et de l’époque moderne. 

 

* Les ouvrages de chirurgie

 

On retrouve dans cette rubrique quatre auteurs qui se détachent du lot, présents à la fois chez les médecins, dans les universités et chez les apothicaires.

Ce sont Roger de Parme, Théodoric, Jean de Vigo et  Guy de Chauliac. Ces ouvrages ont en commun un caractère pratique, ils sont écrits en langue vulgaire donc plus facilement accessibles. On y trouve, comme dans le Grande Chirurgie, aussi bien des recettes contre la Peste noire que des conseils utiles dans la thérapeutique quotidienne.

Ces œuvres sont largement diffusées à partir du XVème siècle et deviennent très populaires durant l’époque moderne.

 

 

 

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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 17:17

 

 

Depuis l’antiquité, la médecine est fondée sur le principe de la théorie des humeurs.

 

Elle se fonde sur l’existence dans le corps de plusieurs principes fondamentaux. Hippocrate les définit dans De la nature de l’homme : « le corps de l’homme a en lui sang, pituite, bile jaune et noire ; c’est là ce qui en constitue la nature et ce qui y crée la maladie et la santé ». 

 

C’est le bon équilibre entre ces quatre principes qui crée une bonne santé, et inversement un mauvais équilibre qui crée les maladies.

 

«  Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de (…) force et de quantité, et que le mélange en est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est soit en défaut soit en excès, ou, s’isolant dans le corps, n’est pas combiné avec tout le reste ».

 

1 - Origine

 

On attribue la théorie des Humeurs à Hippocrate. Mais avant lui, Empédocle avait exposé sa vision de l’homme et du monde fondé sur les quatre éléments. D’autres Grecs que nous allons voir ont donné eux aussi différentes visions.

 

* Empédocle

 

Le premier à exposer la théorie des humeurs est Empédocle (485-435 avant J-C). Elle se fonde sur la théorie des quatre éléments. Pour lui, les éléments sont incorruptibles, éternels et fondement de toute chose. La partition quaternaire correspond au Tetractys de Pythagore par lequel on défini les premiers nombres 1, 2, 3, 4 dont la somme fait dix, symbolisant  les quatre points cardinaux ou soufflent les quatre vents, les quatre saisons et les quatre âges de la vie. Cette structure s’instaure dans un système de coordonnée binaires qui répartit les qualités en deux couples qui s’opposent : chaud/ froid et sec/ humide.

 

L’univers a deux états : le premier est stable et symbolisé par le Chaos. Le second est instable et symbolisé par le Cosmos.  Ce dernier est le résultat de l’éclatement de l’univers en une multitude de petites particules que l’on nomme les germes. Ceux-ci se séparent à leur tour et forment alors le monde sensible. Il y a deux forces en présence et qui sont constamment au travail : la répulsion, du grec Nerkos, qui sépare les contraires et l’amitié, du grec Philotis, qui unit les semblables.

 

* Thalès

 

Avant Empédocle, Thalès de Milet (630 avant J-C) établissait déjà une cosmogonie dont l’élément fondateur était l’eau. Selon lui, l’eau serait le fondement et aurait engendrée les autres éléments, la terre, l’air et le feu. Cette vision est plus primitive mais elle fonde un esprit scientifique ou pour la première fois on conçoit la création d’un monde physique issu de lui-même sans aide extérieure.

 

* Anaxagore (500 - 428 avant J-C)

 

Pour lui l’univers est formé de particules identiques infiniment petites qu’il nomme les homéomères. Il désigne un esprit ordonnateur de tout, le Noûs, qui ne se mêle à aucune chose mais crée et organise.

 

* Philolaos (550 avant J-C)

 

C’est un des disciples de Pythagore. Il fonde sa conception du monde sur la symbolique des nombres et sur l’analogie absolue entre l’homme et l’univers. Pour lui, le monde a son feu central et le corps humain son principe de chaleur centré sur les parties génitales qui sont la source de la vie.

 

* Diogène d’Apollonie (469 - 410 avant J-C)

 

Il décrit l’âme de l’homme comme issue de l’air divin. L’air et l’âme se retrouvent ensemble dans l’encéphale, ce dernier représentant l’unité de la conscience et le médiateur avec le reste du corps. Pour lui, le plaisir se produit lorsqu’il y a beaucoup d’air dans le corps et la tristesse lorsqu’il n’y en a pas assez.

 

* Hippocrate (460 - 377 avant J-C)

 

Il n’est pas, comme nous l’avons vu précédemment le père de la théorie des humeurs, mais le premier à en faire un exposé cohérent qui servira de modèle et de base en médecine jusqu’à la période moderne.

 

Pour lui, l’organisme est un mélange équilibré de plusieurs substances : les liquides qu’il nomme les humeurs et les solides qui contiennent les humeurs. Les humeurs sont au nombre de quatre : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire. L’équilibre de ces quatre humeurs constitue la crase. Leur déséquilibre la dyscrasie.

 

Le tempérament donne à l’homme sa façon d’être. Leur parfait équilibre donne à l’être humain des qualités faisant qu’il est en harmonie avec le monde. Le tempérament n’est pas stable, il évolue, tout comme la nature, avec les saisons et les âges de la vie. La proportion des humeurs est aussi variable selon les individus.

 

Les maladies apparaissent quand les humeurs sont déséquilibrées mais aussi quand les organes et les humeurs ne sont pas à la bonne température ni au bon degré d’humidité. Selon Hippocrate, la proportion des humeurs varie en fonction de la saison, par exemple, la « pituite augmente chez l’homme pendant l’hiver car elle est la plus froide de toutes les humeurs du corps . Les maladies ont des causes naturelles, reliées aux modifications des humeurs et au milieu extérieur : fatigues, blessures, températures, vents, la nourriture…

 

L’humeur noire est la plus instable de toutes les humeurs. Appelée aussi bile noire ou atrabile, c’est une humeur concentrée, elle accumule les propriétés térébrantes, corrosives et agressives de la bile jaune. 

 

* Galien (130- 201)

 

Il n’ajoute rien de théorique à la conception des humeurs d’Hippocrate mais fait beaucoup d’expériences qu’il écrit et classe. Avec lui, la théorie des humeurs devient une doctrine stricte qui n’existait pas jusqu’alors.

 

Il définit dans le corps certains lieux où s’exercent les humeurs. Par exemple, l’atrabile ou humeur noire s’accumule dans l’hypocondre (le ventre). Le rire favorise l’évacuation de cette humeur.

 

Quand l’atrabile s’accumule au niveau de l’estomac, l’homme peut alors souffrir d’hypocondrie, une maladie caractérisée par une inquiétude chronique concernant la santé et le bon fonctionnement du corps. Le malade peut alors souffrir de maux physiques comme des nausées, des vomissements et des digestions difficiles. Cette accumulation d’humeur noire peut aussi provoquer un sentiment de crainte, de tristesse et de mal être que l’on nommerait de nos jours, la dépression. 

 

2 - Le corps allégorique

 

La théorie des humeurs lie intimement l’homme à la création de l’univers et cette conception de l’homme par rapport au cosmos perdure jusqu’au XVIIIème siècle.

 

L’homme est ainsi associé aux quatre éléments. A chaque période de sa vie correspond la domination d’un élément.  A partir du XIIème siècle, la scholastique enseigne que seul l’homme au paradis est caractérisé par l’équilibre parfait de ses humeurs, cela le rend immortel, insensible à la faim, au froid, à la chaleur et à la maladie.

 

On explique la chute d’Adam et Eve par la prédominance de l’humeur noire qui les fit basculer vers l’imperfection de l’homme terrestre, vicieux et mortel. 

 

Air

Chaud et humide

Sanguin

Jeune

Feu

Chaud et sec

Colérique

Force de l’âge

Terre

Froid et sec

Mélancolique

Déclin

Eau

Froid et humide

Flegmatique

Vieillesse

 

Une miniature du XIII ème siècle illustre un manuscrit d’Hildegarde de Bingen. Il représente l’univers sous la forme d’une série de cercles concentriques. L’homme est au centre avec les signes du zodiaque et les quatre éléments. La tête de Dieu, placée au dessus du Christ surmonte tous les cercles. On distingue la sphère d’étoiles fixes et les sept planètes, le soleil et la lune. L’univers entier est au divin, l’homme en est le centre.

 

Illustration : Hildegard von Bingen: Liber Divinorum Operum. Copy of the 13th century. Biblioteca statale, Lucca (Italia). (wikipedia)

Texte : tiré du mémoire d’histoire de Moriganne


 

  illustration hildegarde de bingen medieval mo

 

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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 17:58

 

Au XIVème siècle, les sciences médicales se retrouvent face à de nombreux préjugés : des grands médecins mêlent médecine et superstitions. On retrouve d’ailleurs dans leurs œuvres un mélange de scolastique, de critiques et de superstitions. D’un côté, la médecine avait fait de grandes avancées avec l’étude des auteurs anciens, l’observation et l’expérience, et d’un autre côté, de solides fondements manquaient à la médecine et l’anatomie n’était pas suffisamment étudiée.

 

Au XIVème siècle, l’astrologie tient une place importante en médecine et son rôle est encore important durant la période moderne. Tout le monde admet cette science, que se soient les rois, les grands savants ou le peuple. L'astrologie est une pratique ancienne que différentes civilisations ont apparemment développée indépendamment. On la retrouve à Babylone dès 3000 av J-C, en Chine aux environs de 2000 av J-C, et diverses formes d'astrologie existaient également dans l'Inde antique et chez les Mayas d'Amérique centrale. Vers 500 av J-C, l'astrologie se répand en Grèce, où des philosophes comme Pythagore s'y référèrent dans leurs études religieuses et astronomiques.

Dans l’astrologie, on observe les positions et déplacements des corps astraux, en particulier le Soleil, la Lune et les Planètes pour interpréter les événements terrestres.

Le célèbre médecin Guy de Chauliac explique la Grande Peste Noire de 1348 par la position des astres.

 

Les astrologues anciens ont créé le zodiaque, une zone imaginaire qui fut divisée en douze parties égales, les signes, qui portent chacun le nom de la constellation qui s’y trouve. On considère aussi l’homme comme un petit monde, et toutes les parties de l’univers ont leur analogue dans ce petit monde. Ainsi, l’homme est divisé en douze parties, dont chacune est gouvernée par le signe du zodiaque correspondant. Cette observation des signes du corps sert pour le traitement des maladies, pour les saignées et les purgations.

 

Le Bélier pour la tête.

Le Taureau pour le cou.

Les Gémeaux pour les épaules, les bras et les mains.

Le Cancer pour la poitrine.

Le Lion pour l’estomac.

La Vierge pour le ventre.

La Balance pour le petit ventre et les fesses.

Le Scorpion pour les parties honteuses et le fondement.

Le Sagittaire pour les cuisses.

Le Capricorne pour les genoux.

Le Verseau pour les Jambes.

Le Poissons pour les pieds.

 

De plus, chaque signe se retrouve dans la nature d’un élément : cela permet que l’observation des humeurs se fasse d’une manière plus précise. On trouve donc :

 

Pour le Feu : Bélier, Lion, Sagittaire.

Pour L’Air : Gémeaux, Balance, Verseau.

Pour l’Eau : Cancer, Scorpion, Poisson.

Pour la Terre : Taureau, Vierge, Capricorne.

 

On imagine ainsi l’importance que pouvait avoir un médecin astrologue au Moyen Age et l’enseignement universitaire la favorisa grandement. On distingue mal à cette époque la différence entre astrologie et astronomie, et on retrouve ces deux disciplines dans l’enseignement.

 

On ne connaît pas précisément l’enseignement universitaire de cette discipline, mais on saitquels étaient les livres étudiés : la Sphère de Sacrobosco pour l’enseignement de la cosmologie, le très célèbre Almageste de Ptolémée, le traité d’Astrolabe, Les tables de Tolède pour la pratique des tables astronomiques, et Theorica planetarum Gerardi pour l’astronomie planétaire. L’enseignement se faisait dans un premier temps en faculté des arts, puis pour un niveau supérieur en faculté de médecine. On trouvait cet enseignement dans les grandes Universités comme Paris, et le XIVème siècle fut le siècle d’or de cet enseignement en Europe occidentale.

 

 

La saignée au moyen age

 

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